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Compte-rendu GT Eco-Gestion, 9 septembre 2016

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ENS Paris-Saclay (ex ENS Cachan), 9 septembre 2016, 9h-17h

Thématique - "Brexit"

12 participant.e.s : Valérie Baisnée (IUT de Sceaux), Sophie Cauchy (IAE Lyon, Université Jean Moulin Lyon 3), Marc Eline (Université Paris 2 Panthéon Assas), Mathilde Gaillard (Université Paris-Sorbonne), Laurence Harris (Université Paris Nanterre), Claire Heuillard (Université Paris 2 Panthéon Assas), Jacqueline Percebois (Aix-Marseille Université), Catherine Resche (Université Paris 2 Panthéon Assas), Michel Van der Yeught (Aix-Marseille Université), Nathalie Vanfasse (Aix-Marseille Université), Hélène Windish (ENS Paris-Saclay), Séverine Wozniak (Faculté d’économie de Grenoble, Université Grenoble Alpes).

Excusé.e.s : Fanny Domenec (Université Paris 2 Panthéon Assas), Caroline Peynaud (Université Grenoble Alpes)

Après un tour de table où chaque intervenant.e se présente, Séverine Wozniak ouvre la séance à 9h15 en rappelant le déroulement de la journée de travail.

9h20-10h15 – Présentation des enseignements d’anglais économique à l’ENS Paris-Saclay (LANSAD) par Hélène Windish

À l’ENS Cachan, les promotions sont d’environ 40 étudiant.e.s par an pour la filière économie et gestion. Les cours d’anglais de spécialité concernent toute la promotion en L3. En ce qui concerne le master, il n’y a pas de cours d’anglais de spécialité dans le Master in Economics (tous les cours y sont enseignés en anglais). Des cours d’anglais de spécialité sont en revanche inclus dans la maquette du master en management stratégique. En L3, les étudiant.e.s sont réparti.e.s en groupes de niveau et la formation reste très générale (les étudiant.e.s passent le « Cambridge Advanced » – niveau C1 et C2 - en fin de L3 ou bien le IELTS, auquel cas elles.ils sont inclus.e.s dans des groupes mixant toutes les filières). Une première approche de l’anglais de spécialité est effectuée en L3, notamment par l’étude de documents visant la vulgarisation (blogs et articles de presse par exemple). En M1, le cours est conçu comme une introduction à l’anglais de la recherche menée en parallèle au travail sur un mémoire d’initiation à la recherche (travail sur le registre de langue, la reformulation, la rédaction d’abstract, la rédaction d’introduction).

Préparation au SWAP (Scientific Writing Assessment Program) : test conçu par l’équipe de l’ENS qui vise à évaluer la capacité à la rédaction scientifique (obligatoire dans le cadre de la validation du diplôme de l’ENS), extraits d’articles de recherche de plusieurs disciplines (les étudiant.e.s passent tou.te.s le même SWAP, sauf en math).

10h15-10h35 – Présentation de la traduction en français du dernier ouvrage de Levitt et Dubner par Hélène Windish

Hélène Windish présente son expérience récente de la traduction en français de Think Like A Freak / Pensez comme un freak ! L’économie déjantée fait travailler vos méninges et When to rob a bank / A quelle heure braquer la banque ? de Steven D. Levitt et Stephen J. Dubner (2016) / Louvain-la-Neuve/Paris : De Boeck Supérieur, coll. « Pop Economics ».

Pour rappel, l’objectif de Freakonomics est de traiter de sujets peu conventionnels en utilisant les outils économiques. Son utilisation en cours permet aux étudiant.e.s de réfléchir aux notions de causalité et de corrélation. Hélène Windish nous présente les enjeux de ce travail de traduction : discussion sur le titre et le sous-titre, difficultés de traduction liées au ton très informel et à l’emploi des temps en particulier. Enfin, elle détaille les difficultés de traduction liées aux néologismes et aux questions de style : notamment dans le cadre de la traduction d’un passage du texte écrit sous la forme d’un poème.

11h05-12h15 – Thématique : Brexit

1. Nathalie Vanfasse : Brexit et littérature, fiction d’anticipation
Nathalie Vanfasse nous présente plusieurs scénarios de storytelling autour du Brexit, dont la narration se rapproche de celle de la politique fiction. Cette fiction apparaît également sous forme d’arborescences et d’arbres décisionnels, par exemple celui présenté sur le site de la BBC, « Steps to UK leaving the European Union » (« Brexit: What happens now? », BBC, 29 juin 2016). Elle mentionne les EU Wargames : un jeu de simulation lancé en janvier 2016. La fiction autour du Brexit prend aussi la forme d’un récit d’anticipation économique, comme nous pouvons le découvrir dans l’article du Monde intitulé « Si le ‘Brexit’ nous était conté (an I, an II) » (17 juin 2016). Nathalie Vanfasse illustre également son propos à l’aide de plusieurs articles citant les prises de position des artistes et des écrivains qui s’interrogent sur les enjeux de la création dans un Royaume-Uni post-Brexit : « ‘Britain Is No Home to Me’: 5 Artists Respond to ‘Brexit’ », The New York Times, 5 juillet 2016.

2. Jacqueline Percebois : Brexit et terminologie
À partir de trois articles publiés après le vote de juin 2016, Jacqueline Percebois s’intéresse à la présentation du Brexit, ses dérivés et co-occurrents, aux étudiant.e.s en économie, de LEA et de LLCER. Outre les aspects conceptuels, ces termes peuvent être abordés par la terminologie, avec la formation et la lexicalisation de néologismes, différentes formes d’amalgames (Brexit est formé par troncation postérieure de British accolée à exit), de dérivés de la base Brexit, Leave ou Remain, tels que Brexiters ou Brexiteers, Leavers et Remainers, et de nombreux noms composés juxtaposés : Brexit voters, Brexit supporters, Brexit campaigners , Leave supporters, Leave campaigners, Leave voters, a Leave victory ; the Remain vote, Remain voters.

Dans « Adrift. Leaderless and divided, Britain has its first taste of life unmoored from Europe » (The Economist, 2 juillet 2016), on relève l’emploi de termes négatifs : calamities, Brexit’s grisly first week, and the misery ahead, avec affixes privatifs : leaderless, unmoored, deux amalgames : Point of no Breturn, le texte n’excluant pas un Breversal, et le composé Brexit fantasy incluant les promesses illusoires des Leave campaigners.

« G20: Is Theresa May changing the language of Brexit? » (BBC News, 4 septembre 2016), souligne les incertitudes sur la signification du Brexit et l’opacité du discours de Theresa May qui pourrait modifier « the language about Brexit » pour le faire accepter plus aisément, tandis que « David Davis accused of having no plan for Brexit » (The Guardian, 5 septembre 2016) oppose le discours qui se veut positif de David Davis, ministre en charge de la sortie de la Grande Bretagne de l’UE, Brexit secretary, aux éléments négatifs de celui d’Emily Thornberry, shadow secretary of state for exiting EU.

Références :
Mortureux, Marie-Françoise. 2008 [1997]. La lexicologie entre langue et discours. Paris : A. Colin.
Trevian, Ives. 2010. Les affixes anglais, productivité, formation de néologismes et contraintes. Bern : Peter Lang.

3. Catherine Resche : Brexit et terminologie, Amalgames et mots porte-manteaux
Catherine Resche présente quelques néologismes et amalgames formés à la suite de Brexit : Regrexit, Bregret, Bregretter… Elle note que le suffixe –EXIT et en train de devenir ce que –GATE est devenu pour définir les scandales politiques après celui du Watergate (LEXIT : pour la sortie de Londres du Royaume-Uni par exemple !).

Bien entendu, les néologismes permettent de faire des traits humoristiques autour du Brexit :

- « Branger. Debression. Oexit. Zumxit. Why Did Brexit Trigger a Brexplosion of Wordplay? » (Slate, 29 juin 2016).

Catherine Resche rappelle les aspects métaphoriques développés autour du thème du Brexit : par exemple la métaphore du divorce, qui est la plus utilisée mais sans doute pas la plus opérationnelle (car pour qu’il y ait divorce, il faut qu’il y ait eu mariage) : les traits sémiques activés ne sont pas ceux de l’amour mais ceux des sentiments ressentis au cours d’un divorce. La métaphore autour d’un retrait d’un club ou bien de la résiliation d’une carte de membre semble plus efficace dans ce cas précis. Elle présente ensuite un article traitant des erreurs de prédiction de l’issue du vote du Brexit (l’histoire ne se répète jamais à l’identique et le parallèle avec le référendum écossais n’était finalement pas valable) : « How The Smart Money Got the Brexit Vote Wrong » (strategybusiness.com, 27 juin 2016).

Les travaux reprennent à 14h20.

4. Laurence Harris : Référendum, Brexit et anglais
Laurence Harris propose une réflexion sur l’avenir de l’anglais comme langue de travail au sein de l’UE après le Brexit. En effet, à titre d’exemple, à la suite du vote britannique, Jean-Claude Juncker s’est adressé en français aux Britanniques. Le Brexit pourra avoir des conséquences au niveau linguistique : l’article 55 du Traité sur l’Union Européenne liste les langues officielles, mais l’Irlande a désigné le gaélique, Malte a désigné le maltais donc l’anglais ne sera plus une langue officielle. Une des théories voudrait que la langue anglaise devienne dans ce cas du coup assez neutre (de type ELF) : « Drowning in Brexicon: the language of the EU debate » (The Guardian, 10 juin 2016).

Laurence Harris s’est également interrogée sur la question posée au référendum. En 2013, David Cameron avait évoqué un « straight in-out referendum » (in étant assez positif, en faveur du Remain). Finalement la formulation était la suivante : « Should the UK remain a member of the EU or leave the EU ? ». Elle a également étudié les slogans utilisés par les deux camps : Remain : « jobs », « trade », « businesses », « your future », accent sur le risque, la perte et l’incertitude / Leave : « NHS », « money », « control ».

L’étude concerne également les réseaux sociaux, où le débat a été dominé depuis le début par le camp du Leave. Elle a noté que le camp du Remain faisait plutôt appel à la raison des élect.rices.eurs alors que le côté du Leave prônait un discours plutôt affectif. Les deux camps ont utilisé des références à la peur (récession d’un côté et immigration de l’autre). Pour conclure, Laurence Harris propose d’illustrer le thème du Brexit grâce à un exemple de FASP : un extrait d’épisode de Yes Minister, sorti initialement en 1980.

5. Mathilde Gaillard : Positionnement des think tanks américains sur le Brexit
Mathilde Gaillard a travaillé à partir des opinion pieces proposées par certains économistes au sein de différents think tanks. Il est en effet courant que des économistes soient affiliés aux think tanks afin de donner leur avis (par exemple Ben Bernanke). Le président de la Brookings et le président et fondateur de The Heritage Foundation ont tous les deux pris la parole sur le Brexit. La majorité de ces économistes argumentent contre le Brexit : ils s’interrogent sur l’impact du Brexit sur la Special Relationship entre les USA et le Royaume-Uni. Mathilde Gaillard mentionne le débat fourni sur ce qu’aurait été la position de Margaret Thatcher. Certaines de ces chroniques analysent les causes du non impact du point de vue des économistes sur le vote final, notamment le fait que des concepts très simples d’économie n’ont pas été assez expliqués ; elle mentionne aussi le manque de confiance des élect.rices.eurs dans le point de vue des expert.e.s, de la valeur de la prévision et de la prédiction en économie.

6. Michel Van der Yeught : Brexit et Finance, The London Stock Exchange Post-Exit: still a stock exchange or a stock market in the making?
Michel Van der Yeught a travaillé sur la situation du London Stock Exchange suite au Brexit. Le LSE est un des plus anciens du monde, puisqu’il a été fondé en 1800. Il s’agit du plus gros marché FOREX du monde. Cette bourse de Londres se trouve en théorie rejetée en marge du marché européen du fait du Brexit. La question qui se pose suite au référendum est celle de la fusion avec la bourse de Francfort : quelle sera finalement la position dans les années à venir ? La situation n’est pas très claire. Si on adopte un point de vue diachronique, on peut peut-être trouver quelques jalons pour voir si des prédictions sont possibles. Michel Van der Yeught met en avant l’opposition entre les notions de stock exchange et de stock market, qui posent la question de l’hégémonie de l’institution, de leur prix de fonctionnement, du niveau de réglementation et de garantie. Il existe une possibilité non négligeable de marginalisation de la bourse de Londres : selon les premières indications, le LSE semble réagir en stock market (abaissement du taux d’imposition par exemple).

7. Valérie Baisnée : Brexit et Finance, Le Brexit comme thématique pédagogique pour des étudiant.e.s de deuxième année de DUT GEA et de Licence Professionnelle Ressources Humaines à l’international
Valérie Baisnée présente un document de quinze pages qui a été utilisé dans le cadre d’exposés sur la culture des sociétés européennes par des étudiant.e.s de DUT. Il s’agit d’un memo publié le 2 septembre 2016 par le gouvernement japonais sur le Brexit, qui met l’accent sur les thèmes de l’investissement et du commerce. En effet, les entreprises japonaises emploient 140 000 personnes au Royaume-Uni et beaucoup de sièges sociaux européens d’entreprises japonaises risquent d’être transférés sur le continent du fait du Brexit.

8. Marc Eline : Brexit et Finance, Le passeport européen des banques britanniques
Marc Eline pose la question du passeport européen pour les banques britanniques à partir de quelques observations, notamment le manque de capacité des autorités à prévoir l’issue du vote lors du référendum. Les Britanniques ne sont pas dans la zone euro donc ils ont une expérience d’une vie en marge de l’Union. Devant l’incapacité politique à gérer le choc et le vote et à prévoir la possibilité de la déconstruction, la question de la réaction des marchés se pose : après une baisse forte au début, les marchés financiers ont repris de la vigueur.

Dans ce cadre, le sujet de la perte du passeport européen revient au centre du débat et permet de revoir les fondamentaux avec les étudiant.e.s. Ainsi, pour mémoire, une banque britannique qui souhaite opérer en Europe continentale doit notifier la PRA (Prudential Regulation Authority de ses intentions si elle souhaite ouvrir ses produits et services trans-frontières dans tout État de l’Union, comme le passeport européen l’y autorise jusqu’à présent. En cas de perte du passeport européen, de nombreuses équipes « produits » seront affectées (ECM, DCM pour les produits concernant les actions et les taux) et des négociations seront ouvertes afin de permettre au Royaume Uni de conserver sa compétitivité en Europe. Il est possible que les autorités britanniques cherchent à obtenir un statut équivalent à celui de la Suisse ou de la Norvège, faute de quoi les banques britanniques vont devoir envisager le transfert d’activités sur le continent, avec le maintien de la conformité aux normes européennes. Dans la perspective d’applications pédagogiques, Marc Eline suggère de proposer aux étudiant.e.s un jeu de rôles pour les faire réfléchir aux stratégies envisageables (Quelle serait la feuille de route d’une Task Force britannique amenée à négocier le maintien du passeport européen ? Quelles sont les forces et les faiblesses de la position britannique ? Comment préparer des négociations bilatérales ? Comment trouver des alliés au sein de l’UE ? Quels sont les risques encourus ?).

9. Sophie Cauchy : Le thème du Brexit : exemple de didactisation pour des étudiant.e.s préparant le DCG
Sophie Cauchy présente une expérimentation menée à l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de l’Université Jean Moulin Lyon 3. Cette expérimentation a été développée afin de tenter d’augmenter le taux de réussite des étudiant.e.s à l’épreuve d’anglais du Diplôme de comptabilité et de gestion (DCG). Cette épreuve prend la forme d’une synthèse de quatre documents en anglais, ainsi qu’un commentaire de document iconographique et la rédaction d’un document commercial. Dans la maquette prévue, le volume de cours d’anglais proposé aux 100-110 étudiant.e.s de chaque promotion est élevé car le programme en anglais pour le DCG relève de l’EMILE (cours d’économie en anglais). L’expérimentation a consisté à transformer les trois heures hebdomadaires de cours magistral, peu adapté pour des étudiant.e.s qui ont besoin de s’entraîner et pratiquer, en cours interactif en utilisant la plateforme Moodle. Les étudiant.e.s doivent préparer une mini synthèse à partir de documents, notamment des cartoons et des articles de presse présentés dans le format de l’examen (textes vulgarisés et simplifiés). Ils ont aussi à réaliser des exercices en autocorrection pour découvrir et mémoriser le vocabulaire des thématiques. Pour chaque texte, elles.ils doivent donner cinq mots clefs et préparer une synthèse en français, un commentaire en anglais et rédiger un document commercial.

10. Claire Heuillard : les conséquences du Brexit sur l’industrie du cinéma
Claire Heuillard présente la didactisation d’un document traitant des conséquences du Brexit pour l’industrie cinématographique britannique : « Industry report: Market Trends / Why Brexit is bad news for Bristish film exports », publié le 26 août 2016. Elle donne également un petit exemple des dissonances sur les conséquences du Brexit: une page de Bloomberg Markets qui affiche un grand titre très pessimiste, accompagné d'une vidéo plutôt optimiste sur la situation économique du Royaume Uni suite au référendum.

11. Séverine Wozniak
En dernier lieu, Séverine Wozniak présente un article publié sur le site The Conversation en juillet 2016 intitulé : « Britain may be leaving the EU, but English is going nowhere » : cet article peut être utilisé en cours afin d’illustrer le point mis en avant par Laurence Harris sur la question de la langue de travail au sein de l’Union européenne.

 

Prochaine réunion du GT : en mars 2017 à l’Université Jean Moulin Lyon 3 dans le cadre du prochain colloque du GERAS.

La séance est levée à 17h.

 

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