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Compte-rendu du GT Economie-Gestion, Bordeaux, 19 mars 2015


GERAS - GT Economie et Gestion
Compte-rendu de la réunion du 19 mars 2015, Colloque du GERAS à Bordeaux
Thématique – « Economics and Time »



Participant.e.s : Cécile Bianchi (Aix Marseille Université), Fanny Domenec (Paris 2), Marc Eline (Paris 2), Anna Houston (Université de Bordeaux), Héléna Lamouliatte-Schmitt (Université de Bordeaux), Brendan Mortell (Université de Bordeaux), Emmanuelle Pensec (Université Bretagne Sud), Catherine Resche (Paris 2), Jessica Starck (ENS Cachan), Michel Van der Yeught (Aix Marseille Université), Séverine Wozniak (Grenoble 2)

Excusé.e.s : Jacqueline Percebois (Aix Marseille Université), Caroline Peynaud (Grenoble 3), Marc Pilkington (Université de Bourgogne), Inesa Sahakyan (Grenoble 3)

Séverine Wozniak ouvre la séance à 14h10 en introduisant le déroulement de l’après-midi. Chaque intervenant.e se présente.

14h-15h30 – Présentation des enseignements d’anglais de l’économie et de la gestion à l’Université de Bordeaux

Héléna Lamouliatte-Schmitt et Anna Houston sont toutes les deux membres du département des langues du Collège « Droit, Science Politique, Economie et Gestion » de l’Université de Bordeaux, créée le 1er janvier 2014 à la suite de la fusion des universités de Bordeaux 1, Bordeaux 2 et Bordeaux 4. Le département est composé d’un PR, 6 MCF, 12 PRAG et PRCE et 4 lecteurs et s’organise en trois coordinations pédagogiques (anglais juridique, anglais économique et anglais de la gestion), avec en appui un centre de formation en langues (CFL).

1. Héléna Lamouliatte-Schmitt est maître de conférences et enseigne principalement l’anglais de l’économie et de la gestion au sein de la Faculté d’économie, gestion et AES, dans laquelle des enseignements d’anglais, d’allemand, d’espagnol et de FLE sont proposés aux étudiant.e.s. Des modules de langues sont offerts en ligne (en anglais, espagnol, allemand) dans les maquettes de L1 et de L2, essentiellement pour la remédiation. H. Lamouliatte-Schmitt est co-responsable d’un des 8 parcours de spécialisation de la L3 Economie-Gestion, « European Economics and Policy », qui propose 70% de cours en anglais. Cette formation bilingue, pour laquelle les étudiant.e.s sont sélectionné.e.s, couvre les fondamentaux de l’économie mais propose également un approfondissement des connaissances des politiques européennes, notamment par des conférences de méthode qui proposent une initiation à la recherche. Les poursuites d’études se font soit en mobilité internationale, soit en gestion. Les domaines de spécialisation de master offerts à la Faculté d’économie, gestion et AES de Bordeaux sont : économie appliquée, économie, banque-finance internationale, modélisation et ingénierie mathématique, en plus du master MEEF.

2. Anna Houston est PRAG à l’IAE de Bordeaux qui forme 1 650 étudiant.e.s en gestion et inclut un laboratoire de recherche. L’IAE de Bordeaux vise la très bonne insertion professionnelle de ses étudiatn.e.s. Le département de langues compte deux titulaires et plusieurs vacataires ; la nomination de titulaires à la rentrée 2014 a permis de mettre en place une politique linguistique au sein de l’IAE. L’IAE propose dans sa carte de formations une licence professionnelle, des DU et des masters. Les variétés d’anglais de spécialité enseignées sont l’anglais commercial, l’anglais de la comptabilité, du contrôle et audit, de la finance, du management, du marketing, des RH, de la stratégie et du tourisme. Les manuels utilisés sont : Business Results (OUP), Market Leader (Pearson) et la série « Professional English in Use » (CUP). Les linguistes de l’IAE participent également à la préparation des étudiant.e.s à la mobilité internationale.

16h-17h30 –Thématique : Economics and Time (« In the long run we are all dead », J.M. Keynes)

3. Catherine Resche – « Le facteur temps dans l'entreprise »

C. Resche présente une carte établissant les différents liens entre les notions de time et economics ; elle rappelle la citation de Keynes : in the long run, we are all dead. Elle a travaillé plus particulièrement sur le « corporate management » et le facteur temps dans l’entreprise. Elle traite de cette question avec ses étudiant.e.s par le truchement de l’analyse des résultats d’une enquête qui porte sur la question de la gestion du temps des cadres (McKinsey Quarterly, « Making time management the organization’s priority »,
<http://www.mckinsey.com/insights/organization/making_time_management_the_organizations_priority>, publié en janvier 2013).

Selon cette étude, 52% seulement des cadres pensent que la façon dont ils répartissent leurs tâches sert les priorités de l’entreprise. La gestion du temps relève donc bien de la planification des entreprises. Selon cet article, il existe plusieurs profils de cadres face à cette contrainte temporelle :
- les « online junkies » et les « firefighters » ont beaucoup de mal à consacrer du temps à la rencontre face à face (20% du temps), ne délèguent rien et passent leur temps à gérer les urgences ;
- les « schmoozers » et les « cheerleaders » passent trop de temps dans les échanges et à motiver leurs équipes et sont peu joignables.

Finalement, les cadres satisfaits de leur propre gestion du temps évoquent la répartition moyenne suivante : 34% de leur temps est dévolu aux relations avec les parties prenantes, 37% au face à face interpersonnel, 24% au travail individuel. Dans une seconde partie, C. Resche aborde le facteur temps dans la prise de décision concernant les investissements et s‘appuie pour cela sur un article de la Harvard Business Review (<https://hbr.org/2014/01/focusing-capital-on-the-long-term>). Les cadres sont souvent frustrés par le manque d’approche à long terme : en fait, ils subissent de plus en plus de pression pour des résultats à court et moyen termes, or les notions de temps et de durabilité sont essentielles pour l’entreprise, puisque son but est avant tout de durer. Le temps est une notion centrale au niveau de l’innovation. En effet, la véritable innovation est une innovation de rupture, et non incrémentale, qui demande une vision à long terme. Les étudiant.e.s sont aujourd’hui formé.e.s à ces contraintes de gestion du temps, et à ces complexités, en atteste la création d’une chaire de la complexité, tenue par Edgar Morin, à l’ESSEC.

4. Marc Éline – « Le long terme, parent pauvre de l’action managériale »

M. Eline nous propose, comme à son habitude, un décryptage des cultures professionnelles et des propositions d’application didactique de nos travaux. Il s’interroge sur la question du long terme dans les savoirs et les enseignements ainsi que dans la pratique managériale, avec une réflexion sur des facteurs qui constituent des obstacles à une focalisation sur le long terme (exo- ou bien endogènes). Tout d’abord, pour nos étudiant.e.s aussi, l’opposition entre long et court terme est bien réelle, puisque souvent, ils privilégient la note plutôt que l’acquisition de savoirs et M. Eline remarque l’absence de stratégie réelle de projection des étudiant.e.s dans leur vie professionnelle. Pour les économistes, il y a opposition entre théoriciens et praticiens : les premiers prônent une vision sur le long terme alors que les seconds sont préoccupés par la situation à très court terme.

Dans l’entreprise, M. Eline rappelle les effets délétères des politiques de rémunération des cadres mais aussi, les difficultés à formuler une politique à long terme. Ceci apparaît notamment dans la place dévolue à la vision à long terme dans la formation des cadres au sein des Business Schools américaines. Le « strategic planning », pensé pour apprendre aux étudiant.e.s à faire face à toutes les éventualités, a été remplacé par le « strategic management », qui mise plutôt sur l’analyse dans l’immédiat du positionnement concurrentiel de l’entreprise. Ainsi, dans les MBA (Harvard et Stanford), se trouvent bien des cours de « strategic management » mais pas de « strategic planning » à Stanford et un seul cours de stratégie à Harvard (intitulé « How to sustain a competititve advantage? »). D’ailleurs, les gourous du management (Jim Collins par exemple) font plutôt l’apologie de la super-performance que de la capacité de l’entreprise à construire une vision à long terme. Le positionnement à long terme de l’entreprise n’apparaît d’ailleurs pas dans l’ouvrage de référence, In Search of Excellence, écrit par Tom Peters et Robert Waterman et publié en 1982.

Dans le contexte de la difficulté croissante à intégrer les différentes hypothèses et l’ensemble des scénarios, les facteurs, comme la « mondialisation évolutive », sont de plus en plus difficiles à prendre en compte, la projection à long terme perd de sa légitimité et une certaine relativité s’est installée. Cette complexité croissante à travailler sur le long terme est également liée à la place de plus en plus grande prise par les aspects technologiques : certaines entreprises travaillent par exemple plus sur le design, de façon à se différencier (c’est le cas de General Motors par exemple), alors qu’il ne s’agit pas d’un facteur différenciant sur le long terme. Le long terme est un défi dans un contexte de complexité croissante des véhicules, avec de nouveaux entrants sur le marché (Tesla, Google). Ainsi, Marc mentionne une interview du président de Ford qui cite toutes les forces qui convergent dans son industrie et souligne le rythme de plus en plus accéléré de changement qui sort l’industrie automobile de son « écosystème insulaire » (facteurs exogènes comme la connectivité). Ainsi, le président fait évoluer le positionnement de son entreprise qui devient « fournisseur de mobilité ».

Peut-on prédire ces vagues d’innovation ?
L’innovation dans la Silicon Valley est financée notamment par le capital risque (capacité des sociétés de capital risque à prédire les succès, en fait, cette capacité n’est pas vraiment avérée, assez peu efficace en matière de prédiction). Les crises récentes ont montré que la finance en tant qu’industrie n’a pas de vision à long terme, du fait notamment de la difficulté de prédiction des comportements des managers, de la volatilité sur les marchés financiers et des effets pervers de certains types d’échanges (« high frequency trading »). Le système de rémunération des cadres a été un peu revu (stock options sur plus longue période) mais depuis la crise de 2007, les intervenants en finance ont maintenant des doutes sur la viabilité à long terme de l’entreprise et ne se sentent plus liés à elle, ce qui implique une grande mobilité des personnels (qui ont, du coup, un intérêt pour la rentabilité à court terme).

5. Séverine Wozniak

S. Wozniak commence par évoquer l’ouvrage de Thomas Piketty, Le capital au XXIème siècle, et sa réception aux Etats-Unis. Ainsi, elle propose de faire travailler les étudiant.e.s de master à partir de la critique de Paul Krugman, publiée dans la New York Review of Books en mai 2014 (« Why We’re in a New Gilded Age », <http://www.nybooks.com/articles/archives/2014/may/08/thomas-piketty-new-gilded-age/>). Plusieurs vidéos peuvent aussi être exploitées en cours, par exemple ce débat à PBS Newshour (mai 2014) : <https://www.youtube.com/watch?v=kBl5V-pQOAw>.

Elle lie ensuite les notions d’économie et de temps en proposant un travail sur les cycles économiques et une petite synthèse sur le thème « Teaching business cycle terms to undergraduate students ». Les deux premiers documents sont des vidéos permettant d’aborder les éléments lexicaux essentiels sur ce sujet :
•    Video #1: Khan Academy, “The Business Cycle”
< http://www.khanacademy.org/economics-finance-domain/macroeconomics/aggregate-supply-demand-topic/business-cycle-tutorial/v/the-business-cycle >

•    Video #2: Learn Business English Economics 124
<https://www.youtube.com/watch?v=wHP32OtzgMY>
Elle propose ensuite un lien vers un site proposant un schéma incluant les termes, qui peuvent ainsi être revus en classe (<http://www.ritholtz.com/blog/2011/12/economic-cycles-and-investing/>).

6. Afin de recruter de nouveaux membres, S. Wozniak va contacter la conférence des doyens des facultés de sciences économiques et de gestion pour présenter les activités du groupe.

Prochaine réunion du GT : vendredi 4 septembre 2015 à l’Université Panthéon-Assas Paris 2. La journée débutera par une présentation des enseignements d’anglais économique à Paris 2, puis chaque participant.e est invité.e à contribuer au travail collectif sur la thématique retenue. Les contributions peuvent être faites selon la forme souhaitée (réflexion sur la formation en anglais de spécialité des étudiants d’économie et de gestion, application pédagogique, document écrit, oral, approche terminologique, etc.).

La séance est levée à 17h30.

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