41e colloque du GERAS

Université de Nantes
19-21 mars 2020



Appel à communications

English version below


Les problématiques de la spécialisation des langues en LEA : le cas de l’anglais et des autres langues


L’anglais de spécialité (ASP) et les formations LEA (Langues Étrangères Appliquées) ont partie liée depuis plusieurs décennies. En effet, de nombreux anglicistes de spécialité exercent en LEA, et les sections LEA sont aussi demandeuses de profils ASP que le secteur LANSAD. Pourtant, ces rapprochements professionnels tangibles ne se sont pas encore traduits par un dialogue de nature scientifique entre ces deux types de formation en langues étrangères, malgré de nombreuses tentatives et interrogations dans ce sens initiées par des collègues impliqué.e.s dans ces deux secteurs.

Le 41e colloque du GERAS se déroulera en 2020 à l’Université de Nantes, qui dispose d’une section LEA étoffée et dynamique ; son comité scientifique y voit une excellente occasion de relancer le questionnement sur les problématiques de la spécialisation des langues en LEA afin de doubler le rapprochement professionnel ASP-LEA d’un rapprochement sur les contenus linguistiques à enseigner et les méthodes pédagogiques à déployer.

Un point de questionnement majeur porte sur les relations entre l’anglais et les autres langues (souvent dites « langues B ») enseignées en LEA. La formation est bilingue, souvent avec l’anglais en langue A obligatoire et une sélection variable de langues B, qui va de quatre à douze selon les universités. Même si les colloques du GERAS se penchent sur des problématiques portant sur l’anglais, il est difficile d’imaginer une spécialisation graduelle de l’anglais en LEA qui en ignorerait les incidences sur les autres langues. Quand bien même l’ASP trouverait à s’intégrer dans des cursus LEA, profiterait-il de n’y figurer que comme la seule langue spécialisée des programmes ? Il semble bien que non et que l’ASP pourrait bénéficier pleinement d’une montée générale de la spécialisation linguistique dans ces cursus, perçue comme une dynamique fédératrice profitable aux LSP en général. D’une certaine façon, l’évolution rapide des LEA suggère que les perspectives monolinguistiques sont de moins en moins porteuses et qu’il y a même urgence à globaliser la réflexion. La démonstration en est fournie par le développement rapide et le succès croissant des programmes trilingues (qui incluent souvent de la traduction spécialisée), et l’émergence même d’options quadrilingues et multilingues. La logique interne de ces cursus exige qu’une éventuelle spécialisation linguistique ne puisse se limiter à une ou deux langues ; c’est l’ensemble de la formation en langues qui s’y trouverait engagée. À cet égard, le GERAS dispose d’une expérience déjà riche d’échanges et de concertations avec les hispanistes du GERES et les germanistes du GERALS. Elle pourrait être mise à profit pour relancer le projet de spécialisation des langues les plus fréquemment proposées en LEA : italien, portugais, arabe, russe… Des collègues enseignant ces langues pourraient contribuer à la réflexion générale selon des modalités que le comité d’organisation aura le soin de déterminer. Cet ensemble de questionnement s’ouvre évidemment aux approches contrastives entre langues et les propositions en linguistique contrastive sont également de nature à faire progresser la réflexion au sein de la communauté des linguistes.

Dans ce contexte, un autre questionnement concerne les divergences et les convergences scientifiques qui peuvent être identifiées dans la formulation « langue appliquée » et « langue spécialisée ». Apparemment, ASP et LEA ne tombent pas sous la coupe de la « contradiction » mise en évidence par Elisabeth Crosnier qui observe que l’univers professionnel et le contexte universitaire sont « deux mondes culturellement opposés » (2002 : 158–159). Tout au contraire, « spécialisation » et « application » en appellent toutes deux à un extérieur de la langue qui est de nature professionnalisante et/ou disciplinaire et elles semblent appartenir au même monde culturel « fonctionnel ». Quelles différences théoriques et pratiques les distinguent donc ? Quels éléments les opposent et/ou les placent en situation de complémentarité ? Dans cette perspective, des approches en linguistique appliquée/Applied Linguistics seraient bienvenues pour approfondir les réponses possibles.

On peut également s’interroger sur la place que peut jouer la spécialisation des langues en LEA. Parmi les multiples points d’accès à cette problématique, trois viennent à l’esprit. Le premier est porté par la tendance, généralisée aujourd’hui, à vectoriser les cursus de LEA de la pluridisciplinarité vers la spécialité. Autrement dit, à partir d’une base pluridisciplinaire de matières d’application au niveau licence, qui comprend généralement de l’économie, du droit et de la gestion, les formations poussent à des spécialisations professionnelles aussi multiples que variées au niveau master : marketing international ; logistique internationale ; commerce international ; gestion de projets humanitaires, culturels ou internationaux ; ingénierie en développement durable, en responsabilité sociale des entreprises, en commerce équitable, en documentation numérique ; restauration et tourisme ; économie du vin, œnologie, gastronomie… Ces spécialisations semblent difficiles à mettre en œuvre sans une spécialisation des compétences langagières correspondantes menée en parallèle. Comment procéder ? Quels sont les retours d’expérience en la matière ? Ces questions relancent le sujet récurrent de l’absence de relations entre langues et domaines d’application que E. Crosnier résume de façon lapidaire – « notion de “langue appliquée” peu mise en œuvre » – en commentant : « [a]vec cette formation générale, les étudiants ont parfait leurs connaissances de la langue sans réellement avoir accès à des domaines spécialisés en vue d’application » (2002 : 160). Cette vision est néanmoins battue en brèche par un certain nombre de formations LEA qui, depuis plusieurs années, ont précisément placé au cœur de leurs cursus l’enseignement des langues appliquées aux domaines propres à LEA.
Une façon d’aborder le problème pourrait être de se pencher sur les différents genres spécialisés qui peuvent être ouverts, hybrides, évolutifs, transversaux, hypergenres, etc. Le propos serait de sensibiliser les étudiants en LEA au fait que les genres sont le reflet de messages propres à une culture professionnelle et offrent le moyen de poursuivre des buts particuliers dans des situations particulières. Une approche des genres – notamment contrastive – pourrait sensibiliser les étudiants en LEA au spécialisé et aux outils qu’il génère pour servir ses finalités.

Le deuxième point d’accès est la traduction spécialisée qui figure dans de très nombreux cursus en LEA sous des formes diverses (traduction professionnelle, d’affaires, juridique, d’entreprise, scientifique et technique…). Elle interroge sur les rapports entre la langue et une spécialité et le degré optimal de spécialisation à proposer selon les formations (Crosnier 2002 : 161–162). L’occasion se présente d’examiner à quel point les langues de spécialité (LSP) conçues comme des ensembles complexes « langue-discours-culture » permettent de dépasser un niveau de granularité spécialisée limité au lexique ou à la terminologie.

Le troisième point d’accès est la civilisation qui fait généralement l’objet de modules généreusement dotés en heures dans les maquettes LEA. Gilles Leydier souligne que « le caractère pluridisciplinaire et la vocation professionnalisante à débouchés multiples » des LEA sont demandeurs de civilisation, mais que « les programmes de civilisation en LEA ressemblent souvent à des catalogues à la Prévert » (2004b : 136). En effet, peuvent s’y côtoyer des modules très généralistes souvent directement importés de LLCE et des modules à orientations plus professionnelles. L’auteur souligne par ailleurs la convergence entre les LSP et la civilisation puisque « les études autour de la langue de spécialité se conçoivent difficilement sans la prise en compte du contexte civilisationnel environnant » (2004a : 18–19). Dans cette perspective, Michel Van der Yeught examine dans quelles conditions la langue de spécialité peut se mettre au service de la civilisation en LEA : « Les domaines et les langues spécialisées […] peuvent être vecteurs de civilisation et forts pertinents pour son étude. » (2006 : 258). De multiples pontages se présentent donc en LEA entre civilisation et LSP selon des modalités qu’il convient encore de préciser.

Face à la nécessité de travailler la cohérence entre ces contenus linguistiques spécialisés et les compétences professionnelles à développer en LEA, la question des méthodes pédagogiques à mettre en œuvre est posée. Comme le souligne Marie-Françoise Narcy-Combes (2008 : 133), les étudiants en LEA doivent « être capable[s] de mener à bien un projet en équipe, savoir mener une recherche documentaire et en rendre compte dans une ou plusieurs langues, être capable[s] d’autonomie et savoir prendre des responsabilités. » Dans une perspective actionnelle, l’approche par les tâches, la pédagogie par projet et d’autres méthodes pédagogiques innovantes telles que les dispositifs hybrides contribuent à réduire la distance entre le contexte universitaire et l’univers professionnel.


Tout indique que les problématiques de la spécialisation des langues en LEA brassent un nombre considérable de sujets cruciaux pour le domaine de recherche de l’ASP : culture et civilisation (et donc diachronie et communautés spécialisées), traduction (et donc lexicologie, terminologie, analyse des discours et des genres, travail sur les corpus), didactique, dialogue avec les autres LSP et leur culture… Sur le vaste ensemble de ces problématiques et sur des sujets apparentés, les auteurs sont invités à soumettre leur proposition selon les modalités suivantes :

Langues : français ou anglais
Nombre de mots recommandé : 300
Date limite : 10 janvier 2020
Envoyer à : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.


Références


Crosnier, Elizabeth. 2002. « De la contradiction dans la formation en anglais Langue Étrangère Appliquée (LEA) ». ASp 35-36, 157–166.

Leydier, Gilles. 2004a. « The Jack of all trades, the master of one ». Babel 9 « La civilisation : objet, enjeux, méthodes ». Toulon : Université du Sud Toulon-Var, 7–27.

Leydier, Gilles. 2004b. « Penser la civilisation contemporaine en LEA ». Babel 9 « La civilisation : objet, enjeux, méthodes ». Toulon : Université du Sud Toulon-Var, 133–148.

Narcy-Combes, Marie-Françoise. 2008. « L’anglais de spécialité en LEA : entre proximité et distance, un nouvel équilibre à construire », ASp 53-54, 129-140.

Van der Yeught, Michel. 2006. « La langue de spécialité au service de la civilisation en LEA : Wall Street and the Making of America ». In Leydier, Gilles (dir.), Babel 14 « Enjeux contemporains dans le monde anglophone ». Toulon : Université du Sud Toulon-Var, 251–260.

 



 

GERAS 41st International Conference


Université de Nantes
19-21 March 2020



CALL FOR PAPERS

The issue of specialised varieties of language in Applied Languages: the case of English and other languages



English for Specific Purposes (ESP) and LEA (Applied Languages) have been linked for many decades. Indeed, many ESP colleagues teach in Applied Languages and Applied Languages departments look to recruit ESP profiles as much as LANSOD (Languages for Students of Other Disciplines) departments do. However, this tangible professional convergence has not yet resulted in a scientific dialogue between the two types of foreign language training programmes, despite the many attempts made by colleagues involved in both areas.

The 41st GERAS International conference will take place in 2020 at the University of Nantes, which has a strong and vibrant LEA department. The scientific committee sees this as an excellent opportunity to reopen up the debate on the issue of specialised varieties of language in LEA in order to highlight not only the professional convergence between ESP and LEA, but also the convergence between linguistic content and pedagogical approaches.

In this context, the first issue that arises concerns the scientific divergences and convergences between the terms “applied language” and “specialised language”. Apparently, ESP and LEA are not exempt from the “contradiction” highlighted by Elisabeth Crosnier, who observed that the professional world and the academic context are “two culturally opposed worlds” (2002: 158-159). On the contrary, “specialisation” and “application” both refer to dimensions outside of the language, which are professionalising and/or disciplinary in nature and thus seem to belong to the same “functional” cultural world. What theoretical and practical differences differentiate them? What factors oppose them and/or place them in a position of complementarity? In this regard, Applied Linguistics approaches can offer insights for exploring possible answers.

A second issue concerns the role that language specialisation can play in LEA. This issue can be approached from many different perspectives, but three in particular come to mind. The first is driven by the increasingly widespread trend to steer the LEA cursus from a multidisciplinary approach towards greater specialisation and professional training. In other words, from a multidisciplinary base of subjects at the undergraduate level including economics, law and management, the courses lead to a wide range of specialisations at master’s level covering: international marketing, international logistics, international business, management of humanitarian, cultural or international projects, sustainable development design and planning, corporate social responsibility, fair trade, digital documentation, catering and tourism, wine economics, oenology and gastronomy among others… These specialisations seem difficult to implement without a parallel specialisation of language skills. So how should we go about this?  What lessons have been learned in this area? These questions renew the recurring debate about the absence of relations between languages and vocational subjects, as summed up by E. Crosnier – “the notion of ‘applied language’ has not been widely implemented”. She went on to say “with this general training, students have perfected their knowledge of the language, but without really having access to specialised fields with a view to applying them” (2002: 160). However, this view has been challenged in recent years by a growing number of LEA courses, which place language learning and their application to specialist subjects at the heart of their curriculum.

One way to approach the problem could be to look at the different specialised genres whether they be open, hybrid, evolutionary, transversal or hyper-genre in nature etc. The aim would be to make LEA students aware that genres reflect messages specific to a professional culture and setting and help them to achieve particular goals in particular situations. Genre analysis – particularly contrastive genre analysis – could make LEA students more aware of the notion of specialisation and the tools it provides to serve its purposes.

A second approach is specialised translation, which is included in many LEA courses and can take various forms (professional, business, legal, corporate, scientific and technical translation, etc.). It questions the relationship between language and a specialty and the optimal degree of specialisation that can be offered according to the nature of the course (Crosnier 2002: 161-162). This offers the opportunity to examine the extent to which Languages for Specific Purposes (LSP), designed as complex “language-discourse-culture” sets, can go beyond a level of specialised granularity limited to the lexicon or terminology.

A third way to address the problem is through civilisation classes. These modules generally account for many hours in LEA course schedules. Gilles Leydier points out that “the multidisciplinary and vocational nature [of LEA] with its multiple career opportunities” places heavy demands on civilisation courses, but that “civilisation programmes in LEA often resemble an endless inventory” (2004b : 136). In fact, very generalist modules, often directly imported from the LLCE (Languages and Literature) department, can often be found alongside more vocationally oriented modules. The author also highlights the convergence between LSPs and civilisation since “it is difficult to design studies on specialised language without taking into account the surrounding civilisational and cultural context” (2004a: 18-19). With this in mind, Michel Van der Yeught examines the conditions under which specialised language can serve civilisation in LEA: “specialist domains and languages are an important vector for promoting and studying civilisation” (2006: 258). There are, therefore, a number of avenues to explore in LEA between civilisation and LSP.

The need to ensure consistency between the aforementioned specialist linguistic content and the professional skills that LEA students need for their future career raises questions about pedagogical methods. As Marie-Françoise Narcy-Combes (2008: 133) points out, LEA students must “be able to carry out a project as part of a team, conduct research and report on it in one or more languages, be able to be autonomous and take responsibility”. In this regard, action-oriented approaches such as task-based language learning and teaching, project-based learning and other innovative pedagogical methods including technology mediated learning help to reduce the distance between the academic context and the business world.

A third issue concerns the relationship between English and the other languages taught in LEA (often referred to as “Language B”). LEA programmes are bilingual with English often designated as the compulsory Language A combined with a varying selection of Languages B, ranging from four to twelve depending on the university. Even though GERAS conferences focus on issues related to English, it is difficult to imagine discussing specialisation in terms of English in LEA without taking into account its impact on other languages. Even if ESP were to become fully integrated into LEA, would it make sense to include it as the only specialised language in the programme? It seems not and in any case ESP would certainly benefit from a general increase in linguistic specialisation, which would act as a unifying force to the benefit of all LSPs.

In a sense, the rapid development of LEA challenges traditional monolingual perspectives and suggests that there is an urgent need to open up the debate. The rapid growth and increasing success of trilingual programmes (which often include specialist translation modules), as well as the emergence of quadrilingual and multilingual programmes, offer a clear demonstration of this trend. To ensure the inner consistency of these types of programmes, linguistic specialisation cannot be limited to one or two languages, but rather should apply to all languages. In this respect, GERAS has a wealth of experience in exchanging with the members of other research groups like GERES (Groupe d’étude et de recherche en espagnol de spécialité) and GERALS (Groupe d’étude et de recherche en allemand de spécialité). This could be used to develop greater specialisation of other languages frequently offered in LEA including Italian, Portuguese, Arabe, Russian… Colleagues teaching these languages could help guide the overall thinking on these issues in ways that the organising committee will have to determine. This last set of questions clearly paves the way for contrastive approaches between languages and proposals in contrastive linguistics are likely to advance reflection within the wider community of linguists.

There is every indication that the issues surrounding the specialisation of languages in LEA touch on a considerable number of subjects which are vital to the ESP field of research: culture and civilisation (and therefore diachrony and specialised communities), translation (and therefore lexicology, terminology, discourse and genre analysis, work on corpora), didactics, dialogue with other LSPs and their culture...We welcome papers on any of these topics and on related subjects.


Submission guidelines


Please submit your abstract according to the guidelines below.

Languages: French or English
Word limit: 300
Deadline: 10 January 2020
Send to: This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it. ; This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.


References

Crosnier, Elizabeth. 2002. « De la contradiction dans la formation en anglais Langue Étrangère Appliquée (LEA) ». ASp 35-36, 157–166.

Leydier, Gilles. 2004a. “The Jack of all trades, the master of one”. Babel 9 « La civilisation : objet, enjeux, méthodes ». Toulon : Université du Sud Toulon-Var, 7–27.

Leydier, Gilles. 2004b. « Penser la civilisation contemporaine en LEA ». Babel 9 « La civilisation : objet, enjeux, méthodes ». Toulon : Université du Sud Toulon-Var, 133–148.

Narcy-Combes, Marie-Françoise. 2008. « L’anglais de spécialité en LEA : entre proximité et distance, un nouvel équilibre à construire », ASp 53-54, 129-140.

Van der Yeught, Michel. 2006. « La langue de spécialité au service de la civilisation en LEA : Wall Street and the Making of America ». In Leydier, Gilles (dir.), Babel 14 « Enjeux contemporains dans le monde anglophone ». Toulon : Université du Sud Toulon-Var, 251–260.