Appel à communication - journée d'étude - ENS Paris-Saclay, jeudi 19 novembre 2026

 
 Norme et variabilité dans la production orale en langue étrangère : de l’intelligible à l’acceptable en anglais de spécialité
 
Dans la plupart des contextes académiques et professionnels internationaux, l’anglais circule de plus en plus comme langue de communication entre locuteurs dont ce n’est pas la langue première (L1) (Timmis, 2017 ; Wu, 2019). Cette réalité oblige à repenser les critères qui définissent une production orale « acceptable » en anglais langue étrangère (L2), en particulier lorsque l’objectif premier n’est pas de produire une variété spécifique et homogène de l’anglais, ni de viser la production idéalisée d’un locuteur natif, mais de communiquer efficacement lors d’interactions plurilingues et pluriculturelles en mobilisant une variété de ressources plurisémiotiques. Les recherches sur l’anglais lingua franca ont en effet profondément remis en question la centralité du locuteur natif comme idéal à atteindre sur une échelle de référence et ont ainsi déplacé le curseur d’acceptabilité vers l’intelligibilité mutuelle (Jenkins, 2000 ; Timmis, 2017).
 
En anglais de spécialité (ASP), dans ses déclinaisons académiques et professionnelles, cette question est particulièrement pertinente. Les étudiants, chercheurs, enseignants et professionnels utilisant l’anglais dans des échanges internationaux ne sont pas jugés, dans les faits, à l’aune d’une norme native abstraite (« native-likeness »), mais selon leur capacité à être compris, à comprendre, à interagir et à poursuivre efficacement leurs objectifs académiques ou professionnels en L2. Cette évolution majeure oblige à penser la performance orale non comme un écart à une norme native à corriger systématiquement, mais comme une réalisation située présentant une certaine variabilité qu’il convient d’évaluer en fonction de son efficacité communicative (Jenkins, 2000; Pickering, 2006). Or, si l’intelligibilité est désormais largement reconnue comme un but pertinent, elle demeure difficile à définir et à opérationnaliser de manière stable (Isaacs, 2008) : la littérature souligne ainsi qu’il n’existe ni définition unanimement admise, ni consensus sur la meilleure manière de la mesurer. Les cadres récents d’évaluation tendent certes à s’éloigner de la norme du locuteur natif pour mettre davantage l’accent sur l’intelligibilité (Hynninen, 2014; Newbold, 2021; Berns & van Vuuren, 2023), mais la question des seuils, des descripteurs pertinents et des attentes selon les niveaux de compétence reste encore largement inexplorée. 
 
Dans le prolongement de ces réflexions, la littérature pointe la nécessité de définir des repères d’acceptabilité fondés sur les usages réels de l’anglais en contexte international, parmi lesquels l’intelligibilité, la clarté, les stratégies de communication et ressources pluriculturelles et plurisémiotiques mobilisées et, plus largement, l’efficacité communicative (Goli & Maluleke-Dube, 2026). Il est en effet important de reconnaître que les critères d’acceptabilité ne dépendent pas uniquement des formes linguistiques utilisées, mais aussi des tâches, des genres discursifs et des finalités académiques ou professionnelles propres à une situation de communication donnée (Bazhutina & Tsepilova, 2024 ; Situmorang et al., 2019).
 
Cette journée d’étude vise à interroger la possibilité de définir une « norme d’acceptabilité » en anglais académique et professionnel en production orale, en s’éloignant du modèle du locuteur natif comme norme implicite et en reconnaissant l’existence de phénomènes de variation et « de normes de comportements langagiers socialement variables » (Weber, 2008 : 186). Il s’agira ainsi moins de chercher à parvenir à une norme unique que de décrire des seuils, des marges de tolérance et des critères d’acceptabilité selon les niveaux de compétence, les tâches, les genres discursifs et les objectifs de communication. Trois questions principales pourront structurer la réflexion : quelles dimensions de la production orale en L2 doivent être prises en compte dans la définition d’une « norme d’acceptabilité »  en anglais de spécialité et comment s’articulent-elles ? Quelles formes d’écart à cette norme d’usage nuisent réellement à l’efficacité du discours produit ? Quels critères d’évaluation peuvent être formulés sans reconduire, même implicitement, le modèle du locuteur natif comme référence absolue ?
Si l’objectif n’est pas de substituer une nouvelle norme prescriptive à l’ancienne, cette journée vise prioritairement à engager la réflexion sur une normativité située et une notion d’acceptabilité élargie en esquissant des repères d’acceptabilité fondés sur l’usage réel de l’anglais dans les contextes académiques et professionnels. Il s’agira enfin de s’interroger sur les indicateurs de performance orale à retenir pour formaliser les trajectoires individuelles de développement langagier des apprenants de l’anglais de spécialité en ayant recours à la modélisation mathématique.
 
Les propositions pourront s’inscrire, sans s’y limiter, dans les axes suivants :
• fondements théoriques des notions de norme, variation / variabilité, compréhensibilité / intelligibilité, et acceptabilité en langue étrangère ou seconde (L2);
• représentations des apprenants, enseignants et professionnels de ce que recouvre la « maîtrise » de l’anglais en production orale en contextes académiques et/ou professionnels ;
• critères d’évaluation de l’oral en ASP, selon les niveaux de compétence, et indicateurs de performance et descripteurs adaptés aux contextes d’anglais lingua franca;
• importance relative des différentes ressources plurisémiotiques mobilisables en contextes académiques ou professionnels : prononciation, accentuation, prosodie, grammaire/syntaxe, lexique, phraséologie, ressources propres à certains genres académiques ou professionnels, ressources posturo-mimo-gestuelles, etc. ;
• place de la gestion des malentendus, des stratégies de négociation et de co-construction du sens dans ces contextes;
• mesure des trajectoires individuelles de développement langagier des apprenants d’ASP et modélisation mathématique ;
• implications pédagogiques pour l’enseignement de l’anglais de spécialité et son évaluation, ainsi que pour la formation des enseignants d’ASP.
 
Nous attendons des travaux empiriques, théoriques et méthodologiques, ainsi que des retours d’expériences pédagogiques et des analyses de dispositifs d’évaluation de la production orale en ASP. Les travaux adoptant une perspective comparative entre anglais dit « général » / anglais de spécialité ou entre anglais académique / anglais professionnel seront particulièrement bienvenus.
 
Modalités de soumission : les propositions de communications, en français ou en anglais, comportant un titre et un résumé de 300 à 500 mots (+ bibliographie), sont à déposer sur la plateforme de la journée d’étude jusqu’au 25 septembre 2026 : https://normeasp.sciencesconf.org (en cours d'activation) 
 
Bibliographie sélective
Bazhutina, M. & Tsepilova, V. (2024). The Development of CEFR-Based Descriptors for Assessing Engineering Students’ Integrative ESP Competence. ESP Today, Vol. 12, No. 1, 93–117.
Berns, J., & van Vuuren, S. (2023). The native speaker ideal in FL pronunciation teaching practice: Evolving norms for English and French. Belgian Journal of Linguistics, 37(1), 118-143.
Goli, A., & Maluleke-Dube, N. (2026). Redefining the speaking construct for ELF oral assessment: Conversation analysis and framework development in a Japanese university context. Language Testing in Asia, 16(31).
Hynninen, N. (2014). The Common European Framework of Reference from the perspective of English as a lingua franca: What we can learn from a focus on language regulation. Journal of English as a Lingua Franca, 3(2), 293-316.
Isaacs, T. (2008). Towards defining a valid assessment criterion of pronunciation proficiency in non-native English-speaking graduate students. The Canadian Modern Language Review, 64(4), 555-580.
Jenkins, J. (2000). The phonology of English as an international language. Oxford University Press.
Newbold, D. (2021). English Lingua Franca: New parameters for the teaching (and testing) of English pronunciation? Educazione linguistica – language education, 10, 393-410.
Pickering, L. (2006). Current research on intelligibility in English as a lingua franca. Annual Review of Applied Linguistics, 26, 219-233.
Situmorang, K., Nugroho, D., & Sembel, S. (2019). Rethinking the assessment model for English as a lingua franca. In 2019 Ahmad Dahlan International Conference Series on Education & Learning, Social Science & Humanities, Atlantis Press, 181-186.
Timmis, I. (2017). Pronunciation future in the twenty-first-century English-speaking world: Context, choice and consultation. In O. Kang and R. Thomson (Eds), The Routledge Handbook of Contemporary English Pronunciation, 495-510. 
Weber, C. (2008). La modélisation de l’oral, une démarche timide… Effets de quelques représentations de l'oral. In C. Parpette & M.-A. Mochet (éds.) L'oral en représentation (s): Décrire, enseigner, évaluer. Belgique : Proximités-EME, 51-68.
Wu, G. (2019). A comprehensive overview of English as a lingua franca research. Review of The Routledge Handbook of English as a Lingua Franca. English Today, 35(4), 60-62.